Lettre ouverte des assistant.e.s du service social

La coupe est pleine

Depuis le 13 octobre 2025, le service social du CHU de Rennes est en grève.

Ce mouvement n’est pas un choix de confort : il est le résultat d’une dégradation progressive de nos conditions de travail impactant la qualité de l’accompagnement que nous nous devons d’apporter aux patients.

Nous ne sommes pas soignants, mais nos missions sont essentielles :

  • permettre l’accès aux droits et donc aux soins,
  • évaluer la faisabilité des sorties des patients en perte d’autonomie et les préparer en
    lien avec les équipes de soins,
  • accompagner les patients et les familles dans leur parcours de vie pour éviter toute rupture de soin
  • recueillir les récits de violences sur mineurs et majeurs, signaler les situations de vulnérabilité…

Notre métier exige que nous considérions le patient dans sa singularité. Chaque patient nécessite du temps, de l’écoute, de l’expertise et de la coordination avec de nombreux professionnels intra ou extra hospitaliers. Aujourd’hui, les moyens manquent et la direction du CHU n’a de cesse de mettre en avant la nécessité de baisser davantage encore la durée moyenne de séjour. Mais depuis quand cela doit-il peser sur la qualité de travail des assistantes sociales ?

Nous subissons tous un contexte extérieur défavorable lié au manque de places dans les établissements pour les personnes en perte d’indépendance et/ou d’autonomie, au manque de personnel disponible dans les services d’aide à domicile. Nous subissons aussi le manque de place d’hébergement pour les personnes en situation de précarité, le manque de place et de relais pour mettre en sécurité les femmes et les enfants victimes de violences.

Les dispositifs évoluent, les démarches se dématérialisent, la précarité augmente. En conséquence, les situations se complexifient de plus en plus. Les effectifs sont toujours insuffisants. L’augmentation constante des demandes se heurte à des ressources limitées. Dans certains services, la présence de l’assistante sociale se réduit à ½ journée par semaine ! De plus, le temps consacré à la veille sociale et à la coordination diminue alors même qu’il s’agit d’obligations de notre profession.

Aujourd’hui, nous alertons et nous demandons :

Une augmentation des effectifs actuels en priorité sur les secteurs en difficulté tels que le pôle femme/enfant où aucun effectif supplémentaire n’a été accordé depuis plus de 10 ans ! Les secteurs hépato digestif et pneumologie sont également à la peine. Dans le cadre de cette mobilisation, une professionnelle a été recrutée mais les modalités d’exercice ne permettent nullement de répondre aux difficultés actuelles.

Qu’en période de congés scolaires et d’été 50% des effectifs, et non 33%, puissent partir en congés simultanément. L’activité est moins importante pendant ces périodes en raison
de l’absence de nos partenaires habituels dont une grande partie est en congés. De plus, bon nombre d’assistantes sociales sont aussi des parents et souhaitent légitimement
passer leurs congés avec leurs enfants, leur famille. Ce qui n’est pas le cas en appliquant la règle des 33%. L’exercice de notre profession auprès des publics vulnérables nous expose à des risques d’épuisement majeur qui peuvent être amplifiés par des temps de repos morcelés.

Autorisation du télétravail : Les bureaux partagés peuvent parasiter notre travail et les tâches administratives sont souvent conséquentes (difficultés de concentration, appels téléphoniques différés pour ne pas déranger la collègue) ce qui motive le souhait d’accéder au télétravail, comme cela se pratique dans la plupart des services sociaux extérieurs et notamment dans d’autres hôpitaux. La direction du CHU a d’abord refusé cette demande sans argument autre que “ce n’est pas possible” puis elle le conditionne désormais à l’acceptation du forfait cadre qui impose
de travailler 40 minutes minimum de plus par jour sans revalorisation de salaire ou de statut. Est-ce une méconnaissance de notre travail ou du management par le chantage ?

Ouverture au concours pour la titularisation de tous les agents contractuels : 4 postes sont ouverts au concours, ce qui est largement insuffisant face aux 13 agents contractuels exerçant au service social. De plus, les nouvelles modalités interrogent car les postes concernés par la mise au concours sont déterminés à l’avance. Ces 4 postes ne concernent que les services adultes, ce qui implique que les assistantes sociales exerçant dans d’autres secteurs, comme la pédiatrie qui souhaitent continuer auprès de ce public car elles y ont développé leur expertise, n’auront d’autre choix que de rester contractuelles malgré leur investissement professionnel. Nous demandons l’ouverture au concours pour la titularisation de TOUS les agents contractuels, quel que soit leur poste.

Maintenir notre expertise et nos connaissances par un accès facilité à la formation.

Nos revendications ne sont pas corporatistes. Elles visent à préserver un accompagnement social de qualité, digne, humain et efficace, au coeur du parcours de soins.

Nous alertons sur le fait que l’épuisement, la pression, l’absence de repos suffisant, la perte de sens et une qualité empêchée sont des facteurs importants de risques psychosociaux.

Nous tenons également à rappeler à la direction, l’article 22 du code de déontologie des assistants sociaux qui stipule: “… L’assistant social fait connaitre à l’employeur les conditions et les moyens indispensables à l’ intervention sociale qui lui est confiée. De même, il se doit de signaler tout ce qui y fait entrave. De ce fait, il ne peut être tenu pour responsable des conséquences d’une insuffisance de moyens ou d’un défaut d’organisation ou du service qui l’emploie.

Enfin nous restons profondément attachés au service public hospitalier, à ses valeurs et à la place essentielle du travail social auprès des patients et leurs familles.

En dépit des réponses déjà apportées par la direction, nous sommes toujours en attente de moyens supplémentaires.

LES ASSISTANTES SOCIALES DU CHU DE RENNES

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